Fédération Régionale d’Agriculture Biologique de Nouvelle-Aquitaine

De la cantine aux champs, comment Nieul-sur-Mer mise sur le bio local ? Monsieur le Maire nous raconte

Médecin et maire de Nieul-sur-Mer depuis 2020, ainsi que vice-président de la communauté d’agglomération de La Rochelle en charge de la santé environnementale, M. Maigné place la santé des habitants au cœur de son action politique. Sous son impulsion, la commune a obtenu le label Territoire Bio Engagé délivré par Interbio grâce à des initiatives fortes en faveur de l’agriculture biologique et de l’introduction de produits bio en restauration collective. Dans cette interview, il revient sur les motivations de la commune, les défis surmontés et les impacts concrets de cette transition exemplaire.

 

A quel moment avez-vous pris conscience de l’importance du développement de l’agriculture biologique et notamment de l’introduction de produits bio en restauration collective ?

Etant médecin, j’ai toujours considéré que mon engagement politique était le prolongement de mon engagement professionnel. Améliorer la santé de la population fait partie des responsabilités des élus. Elle passe par une alimentation saine et de proximité. L’objectif d’introduire davantage de produits sains dans le restaurant scolaire de la commune faisait partie du programme électoral de 2020.

 

Quelles étaient les motivations initiales de votre collectivité pour aller vers une transition bio ? 

Avant tout la santé publique ! Le souci de la protection de l’environnement et la transition écologique sont également au cœur de nos enjeux.

 

« Nieul sur Mer est à 22 % de surface agricole en bio et
40 % de produits bio introduits dans les repas. »

 

Quelles actions la commune a-t-elle mis en place en faveur de l’agriculture biologique ? 

La commune compte 3 écoles et 400 élèves, nous avons doublé les approvisionnements du restaurant scolaire en produits bio entre 2020 et 2024 pour atteindre 40%. La commune a augmenté progressivement son pourcentage de produits bio en travaillant avec les agriculteurs locaux. La combinaison d’une volonté politique claire et d’une forte implication du chef cuisinier M. Blanc expliquent en grande partie la réussite de notre initiative. Aujourd’hui à l’échelle de la communauté d’agglomération, Nieul détient le record du taux de gaspillage le plus faible !

Par ailleurs, nous avons appuyé l’installation de deux Nieulais sur le site des jardins de l’Aubreçay, appartenant à l’entraide protestante, pour faire du maraichage bio sur une surface de 2,5ha. Le site est à cheval sur la commune de Nieul sur mer et de Saint Xandre. Une partie des légumes est achetée par la commune pour fournir le restaurant scolaire. La commune a également apporté une petite aide financière pour cette installation.

Plus largement ces actions sont facilitées par le Projet Alimentaire Territorial La Rochelle Aunis Ré, une démarche à l’échelle de 4 EPCI, avec notamment des actions sur la gestion du foncier et sur la restauration collective.

 

Quels ont été les principaux défis rencontrés ?

Le principal défi est financier. Nous avons doublé la quantité de produits bio dans notre restaurant scolaire mais le budget a également doublé. C’était un choix politique pris dès l’élaboration du programme électoral. La santé a un coût mais elle n’a pas de prix. Concrètement nous avons augmenté le budget restauration collective et diminué le budget voiries.

 

Quelles ont été les premières réussites ou les moments clés qui ont marqué la collaboration avec les producteurs ? 

L’ouverture des jardins de l’Aubreçay et l’obtention du label TBE sont deux moments qui ont été importants pour les élus de la commune.

Nous sommes actuellement dans une période qui n’est pas favorable à l’agriculture biologique que ce soit au niveau européen avec la ré-homologation du glyphosate pour 10 ans ou à l’échelle nationale avec l’arrêt du plan ecophyto. Dans ce contexte, je crois plus aux initiatives locales qu’aux initiatives nationales.

 

Quels impacts concrets avez-vous observés depuis la labellisation ?

La labellisation nous a surtout permis de renforcer les approvisionnements du restaurant scolaire en produits bio et nous a encouragé à aller plus loin.

 

Quels sont les retours des habitants et des acteurs locaux sur cette démarche ?

Les habitants sont satisfaits, notamment les associations de parents d’élèves car les enfants mangent mieux !

 

Quels défis restent-t-il à relever pour renforcer encore l’engagement de votre territoire ?

Cela dépasse l’échelle de la commune, l’augmentation de la surface agricole et du nombre d’agriculteurs bio passera surtout par le PAT. Il faut arriver à trouver des systèmes économiques viables.

Par ailleurs, le territoire est confronté à une problématique de pollution de l’air par les pesticides avec notamment de fortes concentrations en herbicides. Suite à la mise en place d’un suivi de la qualité de l’air sur l’agglomération de La Rochelle avec l’ATMO, nous avons constaté une diminution des concentrations d’herbicides, ce n’est pas suffisant mais c’est à la baisse. Donc lorsque nous mettons en place un programme d’actions il y a des résultats. Il faut poursuivre dans ce sens.

 

Quels conseils donneriez-vous à une collectivité souhaitant entamer cette transition ?

D’abord il est important qu’il y ait une réelle volonté politique permettant ensuite d’engager des budgets pour cette transition. Il est également important de bien s’entourer, tout seul c’est compliqué. Le cadre des PAT est intéressant pour cela.

 

Un dernier mot pour résumer votre expérience et inciter d’autres territoires à s’engager ?

Je rappelle que 30 % de nos pathologies sont liées à ce que nous mangeons, y compris les pathologies chroniques et les cancers. J’incite tout le monde à rentrer dans une démarche de transition de notre système alimentaire car il y a un réel enjeu sanitaire, pour nos enfants, les adultes de demain.

 

Interview réalisée par Léa Cubaynes, conseillère territoire (17)